Pigment lève 250 M$, une levée aux couleurs de l’Europe
L'éditeur parisien de logiciels de planification boucle une série E menée par le nouveau fonds de l'UE. Un format de chèque inconnu à Rennes.
Deux cent cinquante millions de dollars, soit environ 223 millions d’euros. C’est le montant de la série E annoncée le 21 octobre par Pigment, l’éditeur parisien de logiciels de planification financière. Le tour valorise l’entreprise 2,3 milliards de dollars, plus du double de sa valorisation d’avril 2024, quand elle était devenue licorne avec 145 millions levés. Le chef de file n’est pas un fonds américain mais le Scaleup Europe Fund, le véhicule de croissance voulu par la Commission européenne.
L’argent public européen entre au capital
Ce fonds vise 5 milliards d’euros. Il réunit la Commission, via le programme Horizon Europe, et des investisseurs privés comme Allianz, Novo Holdings ou le fonds de pension néerlandais ABP. Bruxelles a choisi le 18 mai 2026 le suédois EQT pour gérer le fonds. Son objectif officiel est de combler le manque de capitaux de croissance qui pousse les jeunes pousses européennes à se financer aux États-Unis.
Le fonds n’est opérationnel que depuis le 4 août, date à laquelle la Commission a finalisé sa création. Pigment est l’une de ses toutes premières cibles. Selon Tech Funding News, il succède au finlandais ICEYE, spécialiste des satellites radar, financé en août. Les investisseurs historiques Greenoaks, ICONIQ, IVP et Meritech remettent au pot. Nvidia, lui, n’est cité que pour un investissement « prévu ».
Des chiffres déclarés, une promesse à vérifier
Pigment vend une alternative aux tableurs Excel pour bâtir budgets et prévisions. L’entreprise affirme avoir dépassé 100 millions de dollars de revenus annuels récurrents cette année, un chiffre doublé en un an. Elle assure aussi que 85 % des nouveaux indicateurs créés sur sa plateforme le sont par un agent d’IA. Ces données ne sont pas auditées, la société n’étant pas cotée. À ce niveau de revenus, la valorisation représente au plus 23 fois le chiffre récurrent annuel.
L’argent doit financer la recherche autour de Graphite, son moteur de calcul en instance de brevet. Les cofondateurs Eléonore Crespo et Romain Niccoli visent une « planification autonome », où des agents exécuteraient seuls les cycles budgétaires. « Les outils traditionnels sont dépassés », affirment-ils dans le communiqué du 21 octobre. Celui-ci ne cite pourtant aucune entreprise dont le budget serait déjà piloté sans intervention humaine.
Amorçage, série A, série E : comment lire une levée
Amorçage. Les premiers fonds servent à construire le produit et à trouver les premiers clients. Les montants vont en général de quelques centaines de milliers à quelques millions d’euros.
Série A. Le produit a trouvé son marché. L’entreprise recrute pour vendre plus largement.
Séries B et C. La start-up change de taille. Elle s’implante à l’étranger ou lance de nouvelles offres, avec des tickets de plusieurs dizaines de millions.
Séries D, E et au-delà. Ce sont des tours tardifs pour des entreprises déjà installées, souvent au-delà de 100 millions. Ils précèdent parfois une entrée en Bourse ou un rachat.
La lettre indique l’ordre des tours, pas un montant fixe. À chaque tour, les fondateurs cèdent une part du capital. La valorisation fixe le prix de cette part. Au-delà d’un milliard de dollars, on parle de « licorne ».
Vu de Rennes, un autre ordre de grandeur
Le tour de Pigment pèse presque deux fois l’écosystème rennais sur une année entière. En 2025, vingt start-up de la French Tech Rennes Saint-Malo ont levé 118 millions d’euros, en baisse de 49 % sur un an, selon le bilan du Poool relayé par Bretagne Économique. La plus grosse opération, les 57 millions de la deeptech Cailabs, en représente près de la moitié. Le spécialiste de la cybersécurité Sekoia.io a levé 26 millions en série B.
Le Scaleup Europe Fund cible des entreprises déjà en phase de croissance avancée. Aucune société bretonne ne figure parmi ses participations annoncées. Pour les start-up bretonnes, l’écart entre une série B et un tour de cette taille demeure considérable.
Les fonds européens financeront aussi une croissance largement américaine. En avril 2024, la co-dirigeante de Pigment indiquait à Bloomberg que la moitié du chiffre d’affaires venait des États-Unis. L’entreprise annonce désormais vouloir s’étendre dans de nouvelles régions.


