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Cybersécurité · 26 OCT. 2026

Cybersécurité : la Bretagne monte la garde

Deuxième région cyber de France, la Bretagne doit son rang à l'armée. Pour compter en Europe, il lui faut maintenant des bras et de la notoriété.

C’est depuis ce camp retranché de la DGA à Bruz que la Bretagne a bâti son rang de deuxième région cyber de France.

Deuxième région cyber de France, la Bretagne doit son rang à l’armée. Pour compter en Europe, il lui faut maintenant des bras et de la notoriété.

Le site ne figure sur aucun dépliant touristique. À Bruz, à quinze kilomètres au sud de Rennes, la Direction générale de l’armement occupe cent hectares clôturés où plus de 1 300 ingénieurs et techniciens de DGA Maîtrise de l’information dissèquent des logiciels malveillants, éprouvent des algorithmes de chiffrement et vérifient que les armes françaises ne peuvent pas être piratées. C’est de ce camp retranché qu’est partie, il y a une douzaine d’années, l’ambition bretonne en cybersécurité.

L’armée en éclaireur

En 2014, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, y pose la première pierre d’un bâtiment ultrasécurisé de 10 000 m². « La cyber-sécurité est aussi un outil de souveraineté », plaide alors l’élu breton. Dans la foulée, son ministère et la Région créent le Pôle d’excellence cyber, chargé de faire travailler ensemble militaires, chercheurs et industriels.

Le pari s’est traduit en postes. D’après une étude de l’Insee publiée en 2021, le ministère des Armées prévoyait 1 800 recrutements entre 2018 et 2025 dans l’agglomération rennaise, en grande majorité dans la cyberdéfense. Sur les sites de Bruz et de Saint-Jacques-de-la-Lande, les effectifs devaient presque doubler, de 2 000 à 3 800 personnes. Sept emplois sur dix y sont des postes de cadres. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) compte en outre quelque 200 agents dans la métropole.

Une filière qui revendique la deuxième place

Le privé a suivi. La filière régionale compte environ 160 entreprises, 8 000 emplois et un milliard d’euros de chiffre d’affaires. « Nous sommes la deuxième région française en matière de cybersécurité », affirme Jérôme Tré-Hardy, président de Bretagne Cyber Alliance, le campus cyber régional lancé en 2024 par la Région et cinq agglomérations. Les Rennais Sekoia et Glimps ou le Brestois Diateam incarnent cette nouvelle génération.

Chaque territoire a choisi son créneau. Brest s’est spécialisée dans la mer avec France Cyber Maritime, qui surveille les menaces visant ports et armateurs. Vannes s’est tournée vers la protection des collectivités et forme les ingénieurs de l’ENSIBS, Rennes ceux de la Cyberschool.

Du chiffrement au facteur humain

La Région a fixé ses priorités de recherche : chiffrement, gestion de l’identité numérique, authentification et surveillance des réseaux. Elle y ajoute un volet moins attendu, l’organisation humaine. Le meilleur algorithme ne protège ni d’un mot de passe trop faible ni d’un courriel piégé ouvert par mégarde. D’où la mission confiée à Bretagne Cyber Alliance de diffuser la culture de la sécurité bien au-delà des spécialistes, auprès des entreprises comme du grand public.

Le casse-tête des recrutements

Cette croissance a un revers. En Bretagne, le volume d’offres d’emploi en cybersécurité a triplé en cinq ans, selon l’Apec, et les entreprises se disputent les mêmes profils que l’armée. Signe de cette tension, 44 % des offres bretonnes sont ouvertes aux jeunes diplômés, deux fois plus qu’au niveau national.

Le modèle reste aussi fragile financièrement. En 2024, une question écrite à l’Assemblée nationale alertait sur l’avenir de France Cyber Maritime, dont les crédits de démarrage ne suffisaient plus à garantir ses missions.

Exister au-delà de Balard

Reconnue au ministère des Armées, la Bretagne cherche encore sa place à Bruxelles. Elle compte sur l’European Cyber Week, organisée du 16 au 19 novembre au couvent des Jacobins, à Rennes, pour attirer délégations étrangères et investisseurs. Le rendez-vous dira si la région sait aussi convaincre hors de ses murs.

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